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ALLOCUTION DE Monsieur Abdelaziz BOUTEFLIKA
à l’occasion de l’annonce de sa candidature Pour l’élection à la Présidence de la République du 9 avril 2009
بسم الله الرحمان الرحيم
Mesdames, Messieurs, Je vous remercie chaleuresement pour votre présence et je m'excuse particulièrement auprès des frères et des compagnons qui n'ont pas pu être parmi nous. Il était prévu que mon frère et ami Said Abadou me présente, mais par modestie, il a tenu à représenter l'ensemble des partis politiques, organisations de masse et nationales, le patronat et la société civile. Qui de mieux pour vous représenter et être votre porte-parole que le secrétaire général de l'organisation des Moudjahidine. Mesdames, Messieurs Il y a de cela dix années, en avril 1999, le peuple algérien a décidé de m'honorer de sa confiance, et il m'a renouvelé ce mandat en avril 2004". "Je tiens à dire, encore une fois, ma profonde reconnaissance à ceux et à celles qui m'on fait cet honneur, dans le cadre de choix démocratiques, pluralistes et souverains.
Mesdames, Messieurs,
J’ai consacré mes premiers efforts à la restauration de la paix et à la promotion de la réconciliation nationale. Grâce à Dieu et grâce à la lucidité de notre peuple, la sécurité et la paix sont désormais très largement restaurées à travers le territoire national. Les mesures décrétées dans le cadre de la Concorde civile et renforcées par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ont ouvert largement la porte à ceux qui ont décidé de revenir à la raison et réintégrer les rangs de leur peuple, dans la dignité et dans le respect de leurs droits de citoyens à part entière. Le courage et la détermination des forces de la sécurité, à leur tête l'Armée nationale populaire, permettront de vaincre la folie meurtrière de ceux qui persistent dans la voie de la violence et du crime.
L'Algérie a ainsi, fait face à un défi encore plus audacieux, celui de la réconciliation nationale, de la réconciliation entre ses enfants, de la réconciliation des Algériens avec leur patrie l'Algérie.
Le peuple algérien a su relever ce défi. Par deux fois, il a souverainement proclamé à une majorité écrasante, sa volonté de concorde et de réconciliation. Cette volonté nationale a triomphé des hésitations manifestées çà et là, et m'a permis de mettre en application cette politique de réconciliation, dans le cadre des attributions qui découlent du mandat que le peuple m'a confié.
Les dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale ont déjà connu une très large mise en œuvre, rétablissant la concorde dans les cœurs et écartant tout risque d'exclusion des familles éplorées par la tragédie nationale.
Mesdames, Messieurs,
Mon second souci a été de mettre un terme à l'isolement de l'Algérie sur la scène internationale, car, et nul ne peut le nier, notre pays était l'objet d'un embargo qui ne disait pas son nom.
C'est ainsi que l'Algérie est redevenue dans le monde arabe un acteur engagé, écouté et consulté qui assume la totalité de ses devoirs, animé d'abord du souci de voir les droits de la nation arabe restaurés sur le terrain et de voir les rangs arabes surmonter les vicissitudes de mésententes et des divisions. Cette mission, l'Algérie la remplit avec la même conviction et la même volonté dans le cadre de la Oumma islamique.
Tout le monde reconnaît le rôle prééminent de l'Algérie sur la scène africaine et sa solidarité active avec l'ensemble des pays africains. Elle joue un rôle dynamique au service du sursaut de notre continent, à travers l'Union africaine et dans le cadre du NEPAD.
Nous sommes liés à l'Europe par un Traité d'association qui définit nos relations avec ce continent et a permis le développement dans tous les domaines de notre coopération. Cette relation s'est élargie à l'Union pour la Méditerranée dans laquelle nous continuerons à nous investir, sans remettre en cause nos principes et nos engagements, notamment pour la consécration des droits légitimes du peuple palestinien.
Avec le reste du monde, l'Algérie œuvre à promouvoir ses droits économiques, et elle poursuit ses négociations en vue de son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, dans des conditions favorables à notre développement national.
Enfin, l'Algérie est un acteur dynamique dans tous les débats qui engagent l'ensemble de la communauté internationale et participe aux discussions se rapportant à une réforme souhaitée par tous du système des Nations unies.
Mesdames, Messieurs,
Les priorités que je viens d'énoncer ne nous ont pas détournés de la tâche primordiale entre toutes de parachever la reconstruction de notre pays et de consolider les fondations et le fonctionnement de notre Etat.
Durant dix années, nous avons mobilisé pleinement nos ressources publiques et encouragé l'investissement privé national et étranger dans tous les domaines. Nous avons ainsi enregistré un total de près de 250 milliards de dollars investis, dont près de 160 milliards de dollars d'investissements publics dans divers secteurs, et notamment pour la satisfaction des besoins socioéconomique de la population.
Le taux de chômage qui culminait à près de 30% en 1999, a été divisé par trois durant les dix dernières années puisqu'il a été ramené à moins de 12%. De janvier 1999 à décembre dernier, notre pays a vu le recrutement de près de 3 millions et demi de personnes dans les administrations, les différents secteurs économiques y compris agricole, et les multiples chantiers ouverts à travers le pays. A cela, il y a lieu d'ajouter durant la même décennie, plus de 2 millions et demi d'emplois équivalents créés par les divers dispositifs de lutte contre le chômage.
En ce qui concerne la satisfaction des besoins sociaux de la population, la décennie a connu un nombre considérable de réalisations dans les divers domaines du logement, des infrastructures sociales et universitaires, des infrastructures médicales et également en ce qui concerne l'extension des réseaux de distribution du gaz, de l'électricité et de l'eau potable. En ce qui concerne ce dernier point, je veux simplement rappeler la livraison, de 39 nouveaux barrages conjointement avec le démarrage effectif du programme de dessalement de l'eau de mer(*).
Au plan économique, nous avons lancé un programme public imposant de développement qui, soutenu par l'investissement des entrepreneurs nationaux et étrangers, a garanti à notre pays, tout au long de la décennie, une croissance moyenne hors hydrocarbures de 5% environ, avec des pointes de plus de 6% ces deux dernières années. Ainsi, près de 120.000 nouvelles PME ont vu le jour durant les cinq dernières années.
Cet effort de reconstruction nationale s'est accompagné d'un souci constant de libérer notre pays de la dépendance financière envers l'étranger, et d'assainir en même temps les finances publiques.
L'endettement extérieur du pays a été ramené de plus de 29 milliards de dollars en 1999 à moins de 5 milliards de dollars actuellement, alors que la dette extérieure publique est inférieure à 500 millions de dollars. Parallèlement, nous avons pu accumuler des réserves de change qui totalisent aujourd'hui plus de 140 milliards de dollars et qui nous permettent de faire face à la crise économique internationale, avec prudence certes, mais aussi sans crainte pour la poursuite de nos efforts de développement.
Nous avons toujours cherché à garantir la stabilité des capacités du budget public, ce qui se reflète aujourd'hui par une épargne de l'Etat de plus de 4.000 milliards de dinars dans le Fonds de régulation des recettes, alors que la dette publique intérieure a été ramenée de près de 1.800 milliards de dinars à près de 700 milliards de dinars aujourd’hui. Tout cela aidera notre pays à faire face aux années difficiles qui s'annoncent avec la baisse des recettes en provenance des hydrocarbures, lesquelles constituent encore la part dominante des recettes de l'Etat.
Mesdames, Messieurs,
Chacun sait que l'avenir du pays ne saurait dépendre d'un seul homme ni des seules institutions de l'Etat, cet avenir doit être pris en charge par le peuple lui-même qui doit assurer l'ancrage du pays dans ses valeurs et dans ses choix fondamentaux, ainsi qu'une implication plus grande de la société dans la construction nationale, et faire prévaloir la volonté du peuple souverain dans la définition et dans la réalisation de notre avenir national.
La révision de la Constitution, récemment adoptée à une écrasante majorité par le Parlement, s'inscrit dans le cet esprit. Aux choix cardinaux consignés dans la loi fondamentale, cette révision permet une consolidation plus marquée du lien de l'Algérie avec son histoire, une traduction plus concrète de la place de la femme dans notre pays, ainsi qu'une harmonie plus grande dans les rouages du pouvoir exécutif. Elle confirme enfin la souveraineté exclusive du peuple dans le choix de ses dirigeants.
Mesdames, Messieurs,
A la veille des élections présidentielles qui se rapprochent, il était de mon devoir de rendre compte à la nation de l'usage que j'ai fait du mandat qu'elle m'a confié à deux reprises en 1999 et en 2004.
Je pouvais, légitimement, considérer avoir accompli ma part au service de la patrie. En effet, j'ai eu l'honneur de contribuer à sa libération puis de la servir dans l'indépendance retrouvée, à des responsabilités importantes aux côtés de compagnons d'armes. J'ai eu, en outre, l'insigne honneur d'assumer la magistrature suprême durant toute une décennie, et dans des conditions quelquefois très difficiles.
Des quatre coins du pays et de diverses couches de la population, des appels me parviennent me demandant de poursuivre cette mission.
Cet appel m'honore évidemment et si j'en remercie sincèrement tous ceux qui s'y sont associés, je n'en mesure pas moins le poids et la difficulté de ce qui est attendu de moi.
J’adresse aussi mes remerciements appuyés aux partis de l'alliance présidentielle, aux organisations et aux associations patronales qui ont relayé cet appel et l'ont traduit en prise de position clairement énoncée.
Chacun comprendra qu'il m'est difficile de rester sourd à un appel aussi pressant car je serais alors en contradiction avec le serment qui m'a définitivement lié aux plus chers de mes compagnons, les glorieux chouhada de la Révolution du 1er novembre 1954. Ce serait également une attitude difficile à assumer devant les moudjahidine encore en vie car nous appartenons à une génération qui croit toujours à la nécessité de concrétiser la plénitude du message du 1er novembre 1954. Ce serait aussi et surtout une attitude moralement pénible pour moi, envers le peuple qui m'a accordé sa confiance et son soutien à travers quatre suffrages universels, qu'il s'agisse des élections présidentielles de 1999 et de 2004 ou qu'il s’agisse du référendum sur la Concorde civile et la Réconciliation nationale.
Voilà pourquoi, j'ai décidé, à la grâce de Dieu, de me présenter à l'élection présidentielle d'avril comme candidat indépendant. Ce faisant, j'aurais personnellement accompli mon devoir moral, laissant ainsi au peuple le soin de rendre souverainement et démocratiquement sa décision, à travers les élections d'avril prochain, dont la liberté et la transparence seront garanties.
Mesdames, Messieurs,
Si je bénéficie encore une fois de la confiance de notre peuple, je me propose de poursuivre les efforts déjà entamés.
Beaucoup de chemin a déjà été accompli par l'Algérie en une décennie sur la voie de redressement national. Mais le chemin qui reste à parcourir est encore long si nous voulons mettre définitivement le pays à l'abri des crises, et si nous voulons réellement garantir aux générations futures un développement et un bien-être à l'abri des événements.
De surcroît, la conjoncture économique mondiale actuelle et ses conséquences dans diverses régions du monde, face à un ordre mondial déséquilibré et injuste, nous rappelle que notre avenir national ne sera que le résultat d'un effort réel et collectif, tout comme notre destin national ne sera que le fruit de notre volonté et de nos sacrifices.
J'aurai, durant les semaines qui nous séparent du scrutin, l'occasion d'exposer de manière détaillée les voies et les moyens par lesquels je propose à la nation la poursuite et la consolidation de la voie entamée avec elle et pour elle depuis 1999.
Je m’engage d’abord à poursuivre la promotion de la réconciliation nationale, de la réconciliation des Algériens avec eux-mêmes et avec leur patrie.
Bien entendu, nous continuerons à faire face par tous nos moyens à la menace terroriste, mais la porte sera maintenue ouverte devant tout égaré qui saura se ressaisir.
La promotion et la défense de la démocratie sont l'affaire de tous les acteurs politiques. Ce sont aussi l'affaire de chaque citoyen et de chaque citoyenne décidés à défendre leurs droits et leurs libertés, cependant qu'il reviendra aux institutions d'assumer leur rôle d'arbitre dans l'application et le respect des lois du pays.
Notre démocratie sera renforcée par une plus grande ouverture en direction de la femme qui constitue la moitié du collège électoral. J’ai l’intention d’œuvrer à la concrétisation des nouvelles dispositions constitutionnelles relatives à la promotion de la place de la femme dans les assemblées élues.
La loi sera mise à contribution pour franchir les premiers pas dans cette direction. Il reviendra ensuite aux femmes, par leur engagement, leur présence, et même par la force de leurs voix, de consolider elles-mêmes leur place sur la scène politique, pour faire bénéficier l'Algérie de tout leur apport.
La réconciliation des Algériens avec eux-mêmes et avec leur patrie aura également à s'appuyer sur notre identité et notre authenticité. C’est pourquoi, après avoir investi mes efforts dans la promotion des trois composantes de l'identité nationale, j’entends poursuivre ces efforts. La révision constitutionnelle attribue un devoir supplémentaire à l'Etat, celui de promouvoir l'écriture de l'histoire nationale et son enseignement à nos jeunes générations.
Mesdames, Messieurs,
Mon second engagement est relatif à la poursuite du processus de réformes de la gouvernance dans tous les domaines, ainsi qu'à la consolidation de l'autorité de la loi.
Certes, des réformes structurelles ont été engagées dans divers secteurs, notamment celui de la justice.
Malgré l'ampleur de la crise que nous avons vécue, l'autorité de l'Etat a été rétablie et sera renforcée. Mais le raffermissement de l'autorité de la loi est un défi nécessitant la contribution active de la société aujourd'hui victime de dérives que nous déplorons tous et pour lesquelles il faut des mesures énergiques.
Mesdames, Messieurs,
Le troisième et dernier engagement que je tiens à prendre devant le peuple dès ce jour, est relatif à la poursuite d'un effort intense de développement économique et social. Pour la première fois depuis notre indépendance, l'Algérie peut aspirer à maintenir son élan de développement en dépit d'une crise économique mondiale sérieuse que nous ne pouvons ignorer. Nous ne pouvons nous permettre de nouveaux retards par rapport au reste du monde qui avance. Il est vital pour nous de valoriser au mieux nos moyens et nos atouts pour résorber nos déficits sociaux mais aussi pour construire une économie diversifiée, source de revenus additionnels à ceux des hydrocarbures.
L'Etat mobilisera encore plus intensément ses ressources au service du développement du pays. J’envisage de porter cet engagement à l'équivalent de 150 milliards de dollars pendant les 5 prochaines années, en même temps, de poursuivre la mobilisation des investissements nationaux et étrangers.
Nous poursuivons nos efforts pour faire reculer ou même éradiquer la crise du logement tout en renforçant, par des incitations diverses, le développement de la promotion immobilière et les capacités des citoyens à accéder à la propriété de leur propre demeure.
Nous continuerons la bataille contre le chômage, grâce aux programmes d'investissement publics, à la promotion de l'investissement économique dans tous les domaines, ainsi qu'aux dispositifs publics d'aide à l'emploi. Ce faisant, nous pourrons envisager la création de trois millions d'emplois au cours des cinq prochaines années, dont la moitié par le biais des dispositifs d'emplois d'attente.
Tout en maintenant le rythme de la construction d'écoles, de centres de formation professionnels et d'universités, nous poursuivrons la mise en application de la réforme et la modernisation de notre système national d'enseignement ainsi que la promotion de la recherche scientifique.
Un effort important sera fourni dans le domaine de la santé publique par l'ouverture de nouveaux hôpitaux et autres infrastructures de santé, en même temps que nous parachèverons la réforme de la santé publique pour plus de transparence mais toujours au service des citoyens et d'abord des plus démunis.
Nous maintiendrons la politique nationale de justice sociale et de solidarité nationale, tout en veillant à lutter contre les gaspillages, et à l'orienter davantage vers ses destinataires légitimes.
Nous soutiendrons la relance du secteur économique public viable sur la base des règles du marché et de la compétition. Nous appuierons les capacités nationales d'investissement et de création de richesses véritables.
Nous continuerons également à encourager l'investissement étranger dans notre pays, dans le respect des intérêts de l'économie nationale et sur la base d'un gain partagé.
A ce titre, je tiens à indiquer clairement que dans l'esprit de nos réformes et de nos engagements économiques, et aussi, à la lumière des développements et des exemples que nous observons aujourd’hui dans le monde, j’entends veiller au renforcement du rôle régulateur de l'Etat dans le domaine économique, pour que la contribution des investissements nationaux et étrangers s'inscrive réellement au service du développement de notre pays et préserve les équilibres et l'avenir économique de l'Algérie.
Mesdames, Messieurs,
J’aurai l’occasion de développer davantage à l'avenir les engagements que j’ai énoncés aujourd'hui devant vous, pour que le peuple sache sur quels fondements il m'accorderait ses suffrages si tel est son vœu, qu'il exprimera en toute liberté.
J’invite mes compatriotes à une mobilisation nouvelle, non pas pour repousser une menace quelconque sur le pays, comme ils savent admirablement le faire, mais pour relever les défis de destin national, ceux d'une stabilité toujours plus forte et ceux d'un bien-être durable qui ne soit plus otage des cours du pétrole.
J’entends m’adresser plus particulièrement à la jeunesse algérienne dans cet appel, l’invitant à renforcer sa confiance dans son pays où réside son avenir.
A ces jeunes, je veux dire ceci : l'Algérie vous offre ses moyens, et je mets personnellement à votre disposition ma volonté et mon soutien. En retour, l'Algérie attend de vous l'engagement de votre enthousiasme et vos énergies au service de la construction nationale.
Gloire à nos martyrs ! Vive l’Algérie !
Je vous remercie de votre aimable attention.
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